Coimbra ville universitaire

Je te raconte, tu me diras ce que t’en penses.

On est arrivé à Coimbra passé minuit, après trois bonnes heures de route à partir de Porto, où on avait loué la voiture. Faisait noir depuis longtemps et on se rendait compte en enfilant les sorties d’autoroute et en tournant dans des échangeurs que c’était une ville plus grande qu’on pensait. Sur notre reçu de paiement, on avait une mini carte Google qui nous indiquait grosso modo l’emplacement de l’hôtel. On était tous fatigués, tous les quatre, elle, moi, et le couple avec qui on voyageait. Première nuit au Portugal, on sait pas trop comment ça fonctionne, on arrive d’Aix-en-Provence, sur un vol Ryan Air qui a atterri à 20h. Sur une rue quand même assez éclairée, on s’est dit que c’était mieux de pas s’éterniser et dès qu’on a vu quelqu’un, on s’est arrêtés pour demander notre chemin.

Une fois la voiture stationnée, je suis sorti avec mon fichier bleu dans lequel je trainais les papiers, les factures, les itinéraires, etc. Je me suis dirigé vers une petite Renault blanche dans laquelle un homme et une femme, jeunes, discutaient. En me voyant arriver, le gars a baissé sa fenêtre. Je lui ai demandé, en portugais, s’il savait où se trouvait le Best Western. Il m’a répondu qu’il n’était pas certain de quoi je voulais parler, s’est retourné vers sa copine pour lui dire quelque chose. Elle m’a adressé la parole en anglais. J’ai répondu en portugais qu’on pouvait parler français, anglais, portugais, pas de trouble, c’est comme ils préféraient. Le gars m’a parlé en anglais, where do you want to go? J’ai dit at the Best Western. You know the Best Western? Et je lui ai montré mon reçu, avec l’adresse et tout. The Best Western Dom Luis. Ahh! Hotel Dom Luis, ok. I see. You have to say Dom Luis, nobody knows the Best Western. It’s called the Hotel Dom Luis. J’ai répondu en portugais que je comprenais. Il m’a dit attend, et il est sorti de sa voiture.

On a regardé le mini-plan un peu et c’est là qu’il m’a dit you know, you should be careful around here, this is not a good neighborhood. It’s kind of dangerous. Sur le coup j’ai pas eu peur, j’étais plutôt reconnaissant qu’il me dise ça, qu’il m’avertisse. J’ai dit merci, que je comprenais, en portugais encore. Il m’a dit, oh, you speak portuguese, you speak very well, comme s’il venait de se rendre compte que je lui parlais en portugais depuis le début. Et là, il a switché de langue, mais après deux phrases je me suis rendu compte que c’était plus de l’espagnol et j’étais tout mêlé. Je lui ai dit, ah, donc tu es espagnol? Il m’a répondu non, je suis portugais, mais j’ai étudié en Espagne. J’ai trouvé ça bizarre comme explication, mais j’ai rien dit. Il me pointait vers une direction quelconque et comme soudainement il m’a dit are you alone? J’ai dit non, on est quatre. Il m’a dit and where’s your car? J’ai dit juste là, on est parkés juste là. What kind of car is it? Show me. C’est une Ibiza, de Seat, noire. Juste là. On s’est déplacé un peu et je lui ai montré la voiture, dans laquelle elle attendait, avec le couple d’amis qui nous accompagnait. On est revenu sur nos pas et il m’a dit, en portugais, ok, tu sais quoi? tu vas me suivre, je vais t’indiquer le chemin, t’as juste à me suivre, t’as pas à t’inquiéter, je vais juste te montrer le chemin. Et là, aie pas peur, tu vas voir, c’est dans un endroit un peu isolé, mais aie pas peur, c’est comme sur le sommet d’une colline, tu vas voir. Ok, suis-moi je vais te montrer le chemin. J’ai dit, merci, mais si tu préfères, tu peux aussi juste m’indiquer par où aller, c’est amplement suffisant. Mais il était déjà retourné dans sa voiture.

Je sais pas quel a été le déclic exact, mais dès que j’ai ouvert ma portière, j’ai commencé à freaker, à avoir vraiment peur. J’ai expliqué aux autres que le gars proposait qu’on le suive pour nous montrer le chemin. J’ai dit il m’a proposé de nous emmener jusque là-bas. J’ai pas pu m’empêcher d’ajouter je sais pas, je le sens pas. Je trouve ça bizarre. Le couple d’amis s’est fait rassurant, dans la mesure du possible, écoute, on le suit pour l’instant, on verra. Le gars nous a dépassé dans sa Renault, on s’est placé derrière lui. Il roulait lentement. Par la fenêtre arrière, je le discernais en train de discuter avec sa copine. Mon cœur débattait. Je sais pas pourquoi exactement, mais j’ai commencé à m’imaginer des scénarios. J’ai regardé derrière moi et dans la voiture qui nous suivait, il y avait deux jeunes en train de fumer un joint. Ils avaient l’air de me fixer. J’ai dit ok, il faut le shifter, faut pas rester derrière lui, je la sens pas celle-là. On avançait pas très vite. À une lumière rouge, on a tous spotté en même temps, là sur notre droite, une affiche qui indiquait H. Dom Luis vers la droite, vers le pont qui enjambait la rivière, alors que le gars s’était clairement engagé dans la voie pour aller tout droit. J’ai freaké. J’ai dit ok, dès que ça vire au vert on le shifte, fuck off s’il voulait juste nous aider, sérieux, je le trust pas, il nous emmène pas à la bonne place, attends que les gens passent pis tourne à droite sur le pont. On était tous d’accord. On a fait un virage serré dès que le feu a changé de couleur. On s’est engagés sur le pont, vite.

À ma gauche, par la fenêtre, je le voyais continuer tout droit et peut-être ralentir en se rendant compte qu’on le suivait plus, mais je l’ai perdu de vue. On est arrivé à un rond-point et on a pris n’importe quelle sortie juste pour être sûr de le semer. Ça nous a pris une bonne demi-heure ensuite pour se retrouver et finalement arriver à l’hôtel, qui effectivement était « au sommet d’une colline », dans un « endroit assez isolé ». Une fois l’auto stationnée, on avait une vue sur la ville et on pouvait constater qu’il y avait un autre pont plus loin qui, en théorie, aurait pu servir pour venir jusqu’ici.

Mais dans ma tête ça a continué de rouler, de tourner, les scénarios d’horreur, le hangar, le terrain vague, le simple appel de cellulaire qu’il avait à faire pour rejoindre ses amis et nous prendre en souricière, le vol de la voiture, de nos bagages, les canifs, la noirceur. Ça continuait entre autres parce que je savais qu’il savait où on était, et que je l’imaginais venir voler la voiture, ou seulement la saccager, ou encore je l’imaginais venir nous attendre le lendemain pour nous demander des comptes. Heureusement que j’étais fatigué à un point tel que je ne pouvais pas y penser toute la nuit. J’avais à peine dormi dans les 48 dernières heures, après le vol de Montréal vers Aix, la soirée de retrouvailles entre amis et le vol du lendemain vers Porto.

En me réveillant, la première chose que j’ai faite, avant même de me décrotter les yeux, c’est d’aller voir dehors si la petite Ibiza était intacte.

8 avis sur « Coimbra ville universitaire »

  1. myriam dit :

    C’est quelque chose le « gut feeling ». Ça te fout la trouille dans le temps de le dire quand tu le sens pas. Ça me rappelle une histoire qui m’est arrivé en Espagne. Grosso modo, je suis allée cognée à une place où ils annonçaient des dortoirs pas trop chers. L’immeuble était hyper sombre, c’était weird. J’ai cogné genre 3 fois avant que qqn daigne ouvrir. Une fille super poquée avec un gars tout aussi poqué m’ont répondu super bêtes. Ça sentait mauvais dans leur appart. J’ai dit que c’était pour un lit dans le dortoir. Le gars m’a même pas regardé, a dit à la fille (en espagnol): vas donc lui montrer. Il me demandait combien je voulais mettre sur un lit. Je comprenais pas, les prix étaient indiqués sur le site. Il m’a dit: ouin, mais tsé ça change ça. Je me suis dit: ok c’est n’importe quoi.

    La fille m’a amené avec elle. C’était un immeuble plus loin encore. Plus on s’éloignait de l’autre, plus le quartier devenait ghetto pis je me sentais tout sauf safe. Je me suis quand même rendue jusqu’à l’immeuble, je suis montée avec elle et les chambres étaient belles et bien là, avec des bagages de backpackers et tout. Mais je sais pas pourquoi, je trouvais que ça sentait la mise en scène. Je me suis dit: je laisse mes bagages là, je reviens tantôt et je trouverai plus mes trucs c’est clair

    J’ai regardé la fille et j’ai dit: no me gusta.

    Pis j’suis partie, les jambes molles pis le coeur qui débattait.

  2. Patty O'Green dit :

    Les faits de ton histoire sont vraiment pas louches, je trouve. On dirait juste un gars un peu vedge qui veut avoir l’air cool avec des touristes pis qui attendait ses chums (ceux qui te suivaient derrière parce qu’il a genre fallu qu’il leur dise ta marque de char pour être certain que ses amis le suivent) pour aller vedger quelque part. Les vedges sont souvent ceux à qui nous prêtons rapidement des intentions tellement ils n’en ont pas.😉

    C’est vraiment le feeling qui crée la tension…Je ne minimise pas ce feeling, au contraire. C’est tellement real, je veux dire, le feeling est souvent plus real que l’enchaînement de faits (surtout dans un pays étranger, après 7 heures d’avions pis l’imaginaire des films d’horreur qui vient avec le touriste qui débarque en terre étrangère avec toute la candeur de ne vivre que de beaux moments…etc.). Anyway, dans le doute ou la paranoïa intense, c’est toujours mieux de crisser son camp au plus vite!!!🙂

    Ce que je voulais dire, c’est qu’elle est hot en chien ton histoire, je veux dire, j’ai failli paranoïer avec toi!😉

    • Patty: même le fait de continuer tout droit malgré la pancarte qui disait clairement de tourner à droite? Je te jure que sur le coup, ça semblait louche.

      • Patty O'Green dit :

        Oui, c’est vrai que ça peut paraître louche en chien, j’aurais fait la même chose, surtout avec ton feeling en parlant au gars. Mais, d’un autre côté, je me souviens d’avoir des dizaines de fois indiqué un chemin contraire à un chemin « touristique » à des touristes pour aller à une place que je connais bien.

        Je voulais tellement pas avoir l’air de minimiser le potentiel de danger avec mon commentaire! (Or, c’est ce que j’ai fait😦 ) Je voulais plutôt montrer le côté réversible de ton histoire, ce que je trouvais hot à la lecture. Je veux dire, en dehors de la situation, on peut facilement rationaliser chacun des faits de ton histoire, même le feeling de vulnérabilité. Mais ce « en dehors de la situation », ça existe juste fucking pas. Feeling comes first! C’est d’même que j’fonctionne dan’ vie!

  3. Patty: Je suis complètement d’accord avec toi sur le fait de rationaliser après coup, je veux dire, dès le lendemain j’ai commencé à me sentir mal pour le pauvre samaritain qu’il était sans doute. Je me disais, crisse, arrête de te sentir mal, sûrement que le dude a compris ton move. Il est pas offusqué, voyons…🙂

    • Patty O'Green dit :

      Se sentir mal dans une situation et rationaliser après coup la situation et, après cette rationalisation, se sentir mal pour le gars d’avoir crissé le camp et rationaliser encore pour apaiser le nouveau malaise…etc. J’connais ça par cœur! J’pense que c’est sain, mais j’suis pas sûre à 100%😉 hahahah! 😀

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