Mise à jour

Je me suis déconnecté de Facebook pour un temps indéterminé. Ma profonde ambivalence sur la grève et les revendications du mouvement étudiant, ainsi que mon obsession à vouloir suivre minute après minute ce qui se passait de nouveau, y sont pour beaucoup. Je n’exagère pas: deux nuits d’insomnie me suffisent à comprendre que je suis obsédé. Je continuerai à me renseigner de mon côté, mais il fallait que je m’éloigne de la surenchère d’information (et de slogans radicaux, voire haineux) véhiculée sur mon mur. Pour l’instant, je continue à tweeter, même si je pense que le twivage est une des inventions sociales les plus insupportables.

*

Je viens d’aller faire une promenade dans le coin du marché Atwater avec le nouvel album d’Avec pas d’casque dans les oreilles. C’est bon, c’est très bon, mais je ressens un malaise que j’arrive mal à m’expliquer. C’est comme si j’avais l’impression que c’était un pur exercice de style, comme si l’effet d’ensemble, musical et textuel, dans son apparence de sincérité et de simplicité volontaire, était si planifié, si étudié, jusque dans l’accent régional utilisé par le chanteur, que ça m’enlevait toute emprise sur sa profondeur. Je reste comme bloqué en surface, épaté mais pas ému. Ni Philippe B ni Bernard Adamus, ni Marie-Pierre Arthur ne me font cet effet, eux qui viennent me chercher directement à la bonne place. Peut-être parce que je connais un peu l’esthétique si travaillée, si léchée, de Stéphane Lafleur dans son cinéma et que je la projette sur son folk.

*

Question provocatrice: est-ce que MONSIEUR LAZHAR, ce n’est pas un peu une version « intellectuelle » d’un épisode de 30 VIES?

19 avis sur « Mise à jour »

  1. davidhbrt dit :

    J’avais aussi quitté Facebook pour exactement les mêmes raisons. Pas évident la propagande à outrance. La politique et l’amitié, ça peut faire des flammèches. Je me suis poussé avant de m’énerver, parce que je voyais venir la catastrophe. Est-ce que toi aussi t’as commencé par supprimer quelques contacts et que finalement,vu le nombre, tu t’es dit que t’étais aussi bien de partir toi-même ? Ça aura duré 10 jours en tout. Revenu parce que je mourais d’envie de partager de l’info et parce que je me sentais moins au courant (à tort). Ça devient une maladie, la dépendance au scoop, au dernier trend, prendre quelque chose sur Twitter et le partager avec sa bande sur Facebook. Il y a quelque chose de malsain là-dedans.

    • Même chose, David, sauf que je suis parti avant de supprimer qui que ce soit. Je vais sûrement pas durer très longtemps moi non plus.😉
      Addicted à cette idée de « partager » effectivement, ça ressemble bcp à ça. Je crois que tu mets le doigts sur quelque chose.

  2. myriam dit :

    s’pour ça que tu te fais un pas vrai compte😉

    mais non je comprends.

    la « vraie » vie nous happe aussi, y’a des affaires terre à terre qui nous ramène à l’essentiel.

    faut un bel équilibre entre les 2 je trouve.

  3. Daign dit :

    Prendre du recul est toujours salutaire.
    À l’heure de la surinformation et de la désinformation, rien de plus sain que de se retirer de temps en temps histoire d’aller prendre l’air et réfléchir par soi-même.

  4. davidhbrt dit :

    Y’a pas que les « mobeux » qui valent quelque chose sur l’espace publique. L’action politique, le militantisme, coincide souvent avec la fin de l’esprit critique. Y’en a un méchant paquet qui sont sur une drive de romantisme révolutionnaire en ce moment. Mais quand la poussière va retomber, que les vidéos de p’tits chats cutes vont revenir sur Facebook (ct’une image, on se souhaite jamais ce genre d' »amis »), ceux-là vont plonger dans une méchante déprime. Je suis d’accord avec Daign : c’est sain de prendre du recul et que tu restes lucide par rapport à tout ça.

  5. parleuse dit :

    Alléluia!
    J’ai quitté Facebook hier pour les mêmes raisons que toi!
    Le jour où ça redeviendra un réseau social qui me procure du plaisir, on verra.
    Pour l’instant, c’est plus un outil de propagande qui me dégueule au plus haut point!

    Pour M.Lazhar, c’est vrai.

  6. willbillmessier dit :

    Pour le nouvel album d’APC (pour les intimes), j’ai l’impression que la couche de second degré dont l’épaisseur est souvent très variable dans les paroles y est pour qqch. Moi, ça m’empêche pas de capoter vraiment sur le nouvel album, même de préférer ça à Adamus ou Arthur.

    Leurs chansons demandent un effort: il faut aller au-delà du kitsch de surface. C’est d’ailleurs toute la beauté de sa poésie vernaculaire. Ça va un peu plus loin que le réalisme sentimental de Philippe B, par exemple (que j’adore, tu l’sais), qui évoque des quartiers de Montréal et des scènes d’appartements sans trop exploiter la caricature d’un quartier en particulier – quoique certains pourraient soutenir que Villeray ressemble peut-être effectivement à un quartier où les couples vont pour mourir (ç’a pas rapport). Adamus, avec son Hochelag’, fonde sa plume sur des « hard times » dans le quartier, celui-ci est toujours fortement connoté, difficile de faire autrement d’ailleurs. Je trouve que les deux proposent, tout comme Arthur, des chansons très premier degré (avec toutes les complexités que ça comporte, on s’entend) au sens où il n’y a que très peu de lectures métatextuelles possibles. La forme sert directement à rendre son contenu, les thèmes sont abordés de front, en d’autres mots, je ne dois que rarement me demander si la toune est sincère, sérieuse ou si elle est une blague. C’est souvent très clair. (Adamus me fait hésiter par moments: « Son rire, comme un buffet chinois, son corps un all-you-can-eat sur le top de l’Himalaya ».)

    La façon dont Stéphane Lafleur étire souvent des syllabes muettes en fin de rimes, évoquant la rime country typique, donne un aspect kitsch qui, avec le langage vernaculaire de marché aux puces, fait une sorte d’écran de fumée. Sans trop pousser la comparaison bancale que je m’apprête à faire, j’écoute les dialogues des films des frères Coen de la même façon. Quand, vers la fin de « The Man Who Wasn’t There », le beau-frère naïf et un peu enfantin crie au protagoniste « What kind of a man are you? », on demande au spectateur d’aller au-delà de l’énormité de la phrase (c-à-d d’en reconnaître l’énormité, on ne peut pas leur nier le sens incroyable de l’ironie quand même, et de passer outre) sinon, le film ne serait qu’une grosse farce. La tension du film réside dans l’ambivalence du pastiche de film noir.

    Quand Lafleur chante « Je promets que la journée qui s’en vient est flambant neuveeeeuuuuh », c’est la même affaire. D’autant plus que dans le rendu, APC optent pour la récupération d’une forme de musique qui demande traditionnellement, selon sa culture, à choisir son camp: j’écoute la famille Darèche soit parce que j’aime ça du plus profond de mon coeur pis qu’ils disent les vraies affaires, soit parce que leur candeur, que je ne partage pas, vis-à-vis des choses dramatiques de la vie me paraît attachante, « quaint » diraient les anglais, pittoresque.

    APC me demande de jouer sur les deux plans. Chanter « shotgun sur la table à piquenique » fait sourire par la familiarité du vocabulaire (le vernaculaire) qui a priori ne devrait avoir rien de poétique, surtout chanté à la manière d’un Willie Lamothe dégonflé. Mais ça doit aussi faire sourire parce que cette même familiarité évoque une appartenance indéniable à une culture ordinaire, à l’intimité quotidienne dans l’idée d’aller regarder les shows d’avions à Mirabel, et dans l’idée qu’il est possible d’être ému devant des images aussi kitsch et familières.

    Je trouve ça d’une beauté.

    +++++

    As-tu vu « En terrain connu »? Parce que l’humour noir, ironique, n’y est pas aussi paralysant ou désarmant que dans « Continental », on accède à qqch d’autre. Me semble, en tout cas.

    • Merci Will pour cette réponse qui met bien en contexte le genre de malaise que j’ai pu ressentir en écoutant l’album. On vient de se parler au téléphone alors je ne m’épancherai pas ici, mais je répète que tu sonnes comme un gars qui va bientôt nous pondre un article sur l’esthétique d’Avec Pas d’Casque et de Stéphane Lafleur. Go for it estie, moé j’te suis-iiiii–eeeeuuhh.

  7. Laurence dit :

    Allo CL,

    Je suis pas mal impressionnée par le dernier commentaire sur APC de Willbill. J’ai envie d’ajouter du plus anecdotique.
    Stéphane Lafleur avait présenté un court métrage lors d’une soirée Kino il y a de ça bien avant ses longs métrages, bien avant ses albums. C’était pas une fiction, c’était une narration avec plein de petits extraits, je me souviens pas de tout, je me souviens d’un très gros plan sur une oreille, d’une main qui ramenait sans cesse une mèche de cheveux bruns derrière cette oreille d’une certaine manière, que c’était un des petits détails qu’il aimait de son amoureuse. Le film se terminait par une mouche qui dansait un ballet sur de la musique classique. Je me souviens d’avoir été touchée/d’avoir ri. Pis tsé, y’a dix ans on n’avait pas vu ça une mouche qui danse sur une fenêtre dans un film. Je pense que sa chanson: « Talent » pourrait aussi bien le décrire lui-même: « Toi tu as ce talent/ Pour voir des formes dans le bois de mer/ Des animaux/ Ou des béciques à gaz ».

    Dans « Continental », j’ai senti une compassion pour les personnages, j’ai aussi eu l’impression que le réalisateur ne reniait pas l’affection que le personnage de Gilbert Sicotte a pour les objets désuets (qui est comme partagée à un moment par le perso de Fanny Mallette quand elle appelle à la compagnie de « Pop Corn sur rond de poêle » pour les remercier de leur beau travail). Et ce, même si je me disais que le scénario ne m’en donnait pas assez parfois, mais ça c’est un autre débat. J’ai envie de brasser quelqu’un en criant: « elle avait-tu un enfant qui est mort d,une allergie aux peanuts! » depuis trois ans.

    Pis là, je vais aller dans le encore plus anecdotique, mais aussi, c’est toi qui as commencé! on dirait que ton commentaire suggère un procès d’intention, je sais pas … je t’en fais un moi aussi en disant ça. Dans le fond, ce que tu dis c’est: « le perfectionnisme tue la sincérité »? non? Pourtant, si y’en a ben un qui est perfectionniste, c’est Philippe B! (Disons plutôt: rigoureux) J’adore ce qu’il fait moi aussi, mais je trouve quand même qu’il fait trop de sparages sur son album. Lâche-moi l’égouine-fantôme pour faire un rappel avec le titre! Je l’ai vu en show tout seul avec sa guitare et une petite boîte qu’il manipulait du pied et certaines de ses tounes y gagnaient.

    Oups, là, j’ai plus le temps. En tous cas, pour en revenir à Stéphane Lafleur, ce que je veux dire c’est que c’est un contemplatif. J’ai l’impression que c’est un silencieux mentalement ou un non-verbal plutôt, fais que quand ça sort, c’est choisi. Je pense qu’il faille remettre en doute sa sincérité pour ça.

  8. Laurence dit :

    * Je pense pas qu’il faille remettre en question sa sincérité.

  9. willbillmessier dit :

    Oh, et puis, si Monsieur Lazhar, c’est une version intello de 30 Vies, est-ce que ça veut dire que Congorama, c’est une version intello de Yamaska?

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