Petite archéologie personnelle

Hier je suis passé à la Bibliothèque Nationale pour emprunter un livre que j’avais lu à l’époque de ma maîtrise, il y a de ça presque cinq ans, The Modern American Novel, de Malcolm Bradbury.

Je me revois encore, au Presse Café, sur le boulevard Taschereau, bien calé dans un fauteuil en cuir, mon ancien portable ouvert sur une table basse, en train de prendre des notes sur ma lecture. C’était avant que mon bloc ne passe au feu, mon gros bloc laid pour semi-retraités sur la rue Victoria à Greenfield Park, où j’habitais quand je travaillais au Céramic Café.

Au début, ça avait été une alarme comme les autres, une routine, un exercice et on était sortis tranquillement les uns après les autres, dans le soir froid de janvier. Je n’avais rien apporté avec moi. J’ai aussitôt regretté en constatant qu’il y avait le feu pour vrai, dans le « penthouse » en construction, en haut. Ça n’avait pas l’air trop grave. Et les pompiers semblaient déjà contrôler la situation. Quand le feu avait pris dans l’entre-toit, on avait commencé à freaker un peu, se disant que ça allait peut-être descendre jusque dans les étages, et que malgré la présence de ces 1000 pompiers, personne n’arriverait à stopper sa progression. Mon appartement était au deuxième, et le premier chapitre et demi de ma maîtrise était dans mon ordi. Les flammes descendaient lentement mais sûrement.

Ce soir-là, j’ai eu très peur de tout perdre, alors que je n’étais même pas assuré. Quand ils sont parvenus à maîtriser le brasier, et à tout éteindre, j’ai respiré. Après plusieurs minutes de confusion, un des pompiers a finalement accepté de me laisser entrer avec lui pour que je puisse récupérer mon ordinateur, pour voir si tout était correct. À l’intérieur, c’était sombre et enfumé, ça sentait fort. Chez moi il n’y avait pratiquement pas de dégâts, mais on a pas pris de chance: une coulisse d’eau s’était formée dans le plafond au-dessus de mes bibliothèques, ça drippait, et le pompier m’a aidé à garrocher tous les livres sur mon lit. Il m’a dit, ouin, tu lis en maudit toi. J’ai dit ouin, je le sais. J’ai récupéré mon portable, que j’ai fourré dans un sac à dos et je suis parti chez ma blonde de ce temps-là, qui habitait encore chez ses parents, pas loin dans les rues avoisinantes.

Quand je me suis assis sur la bol hier soir, en revenant d’un souper chez des amis (TMI), j’ai ouvert le livre de Bradbury pour en parcourir tranquillement l’avant-propos, et j’ai eu un moment de confusion, d’inquiétante étrangeté, en voyant un vieux post-it collé sur la page de garde. Un vieux post-it jaune avec écrit dessus:

« BNQ »

Leslie Fiedler, What Was Literature —>801.95097 F452wh 1982

Tyranny of the Normal —>814.54f452t 1996

C’était mon écriture.

7 avis sur « Petite archéologie personnelle »

  1. TMI: mets-en!

    quand je disais que tu te dévoilais ici… fallait pas le prendre au pied de la lettre!😛

  2. Patty O'Green dit :

    Ouach! T’as gargouillé sur ma rue s’tie😉

  3. V dit :

    haha malade! (enfin euh…)😉

  4. L'engagé dit :

    Excellente chute!

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