So that’s Saint-Henri in a nutshell

Je suis obligé de faire le constat, assis au chaud avec mon latté micro-torréfié du café Saint-Henri, à regarder la neige tourbillonner et effacer les contours de la rue Notre-Dame: je suis de plus en plus intolérant face à l’anglais omniprésent à Montréal. Ici, dans le quartier, j’ai une impression d’invasion, littéralement, comme si les francophones disparaissaient à vue d’oeil. Deux gars de la construction entrent dans le café. Ils s’avancent vers le comptoir et parlent fort, en français. Dès qu’ils constatent que la serveuse est anglophone et qu’elle a de la difficulté à les comprendre et à répondre à leurs questions, ils passent à l’anglais. J’entends leur conversation, déconcentré dans ma lecture. La fille est à Montréal depuis juillet, straight from Vancouver. Elle suit des cours de français tous les matins. Elle est déjà quand même assez bonne pour quelqu’un qui vient de débarquer. Je n’arrive pas à être fâché contre elle, ce serait absurde. Ni contre les deux gars qui s’intéressent à ce qu’elle a à dire. Pourquoi devraient-ils continuer en français alors que visiblement elle piétine, elle fait de son mieux, elle a dit you’ll have to excuse my French, I’m taking classes but it’s difficult you know. Avec son beau sourire et sa mèche verte. Comment pourrais-je être fâché contre elle? Et pourtant, je ressens un noeud dans mon ventre, qui m’empêche de passer par dessus le fait qu’elle m’a accueilli tout à l’heure avec un hi! How are you? au lieu d’un allo! ou d’un bonjour! J’ai dit salut, ça va bien et toi? Et elle est passé au français tout de suite, un français fragile, charmant à la limite. Je me dis, ce qui me frustre, c’est cette évidence, ce réflexe, de plus en plus répandu: sa clientèle est obviously à majorité anglophone, sinon, elle m’aurait abordé autrement. Qu’est-ce que ça implique? Est-ce que je suis seulement parano? Dans une grande entreprise anglophone du centre-ville, comme chez Chapter’s ou Indigo (même propriétaire), les employés sont tenus d’utiliser la formule bonjour, hi! et non le contraire. Mais ici, dans le sud-ouest, dans ce quartier « pauvre », « ouvrier », « francophone » que n’est manifestement plus Saint-Henri, la formule est inversée: Hi! Bonjour! Son boss lui a dit switch to French if necessary. Learn the basics but don’t worry. Anyways everybody will be too glad to practice their English with you. I mean, that’s what I’m doing right now.

34 avis sur « So that’s Saint-Henri in a nutshell »

  1. willbillmessier dit :

    Tu dois te souvenir de mon dernier passage chez vous, je trouvais la présence anglophone très étonnante. Bon, je savais que les anglos hipsters envahissaient le coin, mais, là, ce soir-là, ça me semblait presque plus anglo que le Mile-End. D’ailleurs, y a quelques années, sur Mont-Royal, un certain 31 décembre, je t’ai déjà vu te fâcher contre des anglophones qui te demandaient, en anglais, où était la rue Sane-Denny. Je m’étais tout à coup senti mal à l’aise et leur avait indiqué le chemin en anglais. L’autre soir, dans Saint-Henri, les rôles se sont inversés: c’est moi qui ai répondu bête, en français, à un groupe de jeunes anglos à la recherche d’un depannuhr, et toi qui leur as indiqué le chemin en anglais… Je t’avais alors demandé si tu t’adoucissais ou si c’était une question de quartier.

    +++++

    Parlant de hipsters (voir ton avant-dernier billet, je pense), je trouve que le vidéo promotionnel pour hipsters anglos a une esthétique très 1990, tu trouves pas? Les plans croches, le montage saccadé, le petit beat poche pseudotechno. Gros plans de graffitis (ouh). En plus, le drummer avec les lunettes Foakley, le manteau à 3 zips pis le cache-cou lette a plus l’air d’un slacker que d’un vendeur du Urban Outfitters.

  2. C’est plus un beat pseudo tribal… Ah non, t’as raison, ils ont chacun leur thème musical.

    Son « This is 4 dollars! » est vraiment parfait.

    Et j’adore quand il dit « Lionel-Groulx, where a WHOLE bunch of metro lines connect.

    *

    Je me souviens très bien de toutes ces anecdotes, Will. Marie me reproche aussi souvent de switcher à l’anglais, pour accommoder des employés genre au Drawn & Quarterly ou au marché Atwater. Je ne prétends pas être conséquents dans mes actes. Mon attitude face à tout ça est changeante, ça dépend des jours.

    • willbillmessier dit :

      « Je ne prétends pas être conséquents dans mes actes. Mon attitude face à tout ça est changeante, ça dépend des jours. »

      Ouais, j’avais compris ça et je crois que c’est ben correct, aussi. Moi-même, j’ai tendance à y aller au pif. Par exemple, quand je vais, justement, au D&Q ou dans un café hip quelconque du Mile-End, je tiens à m’exprimer en français, surtout, bizarrement, quand les employés ont mon âge. C’est comme si je m’attendais à une certaine réciprocité (genre: « j’achète un livre en anglais, mais je le paie en français »).

      Toutefois, quand je vais chercher de l’Indien dans Parc Ex, c’est presque sûr que je vais parler anglais d’entrée de jeu. J’vais même pas fucker. Il va m’arriver de dire « Interac » en français ou « merci » en partant, mais la commande et les autres échanges, c’est en anglais que ça se passe.

      J’essaie de m’expliquer le truc et je n’y arrive pas sans me mêler encore plus dans mon rapport à l’Autre. J’imagine que quand tu es confronté à ces mêmes hésitations dans ton voisinage (dans un lieu, donc, où tu voudrais être immergé et te sentir chez toi), ça peut être déroutant.

  3. Patty O'Green dit :

    Moi ce qui me rentre en-dessous des ongles, ce sont des discours exactement comme celui que tu viens de faire!

    Prends-le pas personnel, c’est le discours…c’t’un classique!😉

  4. Ouais, moi aussi ça m’a toujours gossé ce discours, mais je sais pas ce qui m’est arrivé Patty. Dernièrement je me suis surpris à pomper pour des affaires de même.

  5. BED dit :

    Moi ce qui me gosse c’est cette réflexion « banale » de Patrick Watson samedi soir au show hommage à Lhasa qui s’excuse dès le début du spectacle de devoir s’exprimer en anglais pcq le français c’est trop difficile « and who doesn’t understand English here anyway? ». Et la salle d’approuver en riant. « Hahaha! You’re so right Pat. Who doesn’t? » And why should we care to learn French because hey, Pat just said it : everybody in MTL understands.
    Ben oui mon cher Patrick, ça se peut qu’il y ait des francophones dans cette salle qui aimaient Lhasa et qui ne parlent pas anglais. Ça se peut.
    Tiens, je vais aller prendre le thé chez Davids Tea, jeune entreprise montréalaise née sur le Plateau. Why not? We all understand what « tea » is, isn’t it?

    • Quoi, c’est montréalais??? Allé chez David’s Tea pour un cadeau de Noël. Même problème: au centre-ville, maintenant, on prend pour acquis que les clients seront anglos, alors on engage des anglos qui baragouine le français. Et ça me fâche énormément. C’est pour ça que le Chapter’s/indigo me plaît, où les employés disent « bonjour, hi », et ça paraît que c’est une règle imposée par la direction.

  6. Marie dit :

    My god! ( en français, je l’assume comme moins) Trois semaines sans lire pis St-Henri a changé de quartier!

    Très joli ce nouvel espace, j’espère que tu y seras heureux & productif.

    • Rebienvenue, Marie! Faisait longtemps que tu t’étais pas manifestée.

      • maev333 dit :

        Merci! Je lis toujours même si je dois avouer que le réflexe de lecture se perd un peu pas mal quand on n’a plus de blogue. C,est pas comme Cyberpresse tsé!

        En tout cas, ça jase en masse ici : ) je vais sans doute finir par faire un commentaire intelligent, mais en attendant ce jour je voulais juste te faire un tit salut. Fait que… Salut!!!

  7. Venez en France, mes amis, car notre niveau en anglais est tellement nul qu’il nous faudrait des décennies pour en arriver là…
    Ouaip, je ne laisse jamais un Québécois, et les dieux savent combien je vous aime, me narguer parce qu’on dit un peu trop souvent « mail », « hardware » ou je ne sais quel autre brimborion interculturel !
    Tiens, c’est marrant, je me suis un peu emporté…
    s.h.

  8. je travaille avec des anglophones qui sont à Montréal depuis 5 à 10 ans et qui ont de la misère à me dire « bonjour » à la job. Je vous jure, un des employés à qui j’ai dit « allo » m’a regardé avec un point d’interrogation dans les yeux. J’ai dit: « euh… hi? » et là, illumination, soulagement: « hi! » ou encore cette fois où je tends mon verre à 2 des mes collègues et dit: tchin! et qu’ils me regardent sans rien comprendre (hey je te tends le verre, allo c’est clair que je veux trinquer) et je dis alors: cheers? et là, ça y est, ils catchent.

    voyons donc christ.c’est grave rare là!

    c’est déprimant, c’est toujours à nous à la job à se forcer à parler anglais… jamais l’inverse, jamais.

    t’as vu ça? http://www.funnyordie.com/videos/d240b5ebec/coffee-snobs?rel=player&fb_source=message

    • Oui, j’ai vu le Coffee Snobs, très drôle.

      Le problème, c’est que pour nous, la langue sera toujours un enjeu politique, où chaque décision quotidienne a une influence sur le long terme. Ils ne seront jamais capables de comprendre ça, et mon problème, c’est que je suis tout à fait capable de comprendre qu’ils ne puissent pas comprendre. Pour eux, on sonne comme des fachos qui briment leurs libertés.

  9. patricia dit :

    Réflexions que m’inspirent ce billet et les commentaires.

    Anglos, francos… Il a fallu que je me dépayse pendant un an et demi en France pour me rendre compte à quel point moi, Québécoise, je suis une Nord-Américaine francophone, c’est-à-dire que le français (ma langue maternelle et usuelle) et l’anglais font partie de moi et que je ne voudrais jamais qu’il en soit autrement.

    J’adore les langues et jamais je m’empêcherai de parler comme je veux quand je veux. Cela dit, peut-être paradoxalement, je ne veux plus passer à l’anglais par réflexe. Parfois, c’est par souci de parfaire à l’oral ma langue de travail (je traduis de l’anglais). Mais la plupart du temps, c’est un réflexe, alors que mon interlocuteur ne me demande rien; il est même arrivé qu’il continue en français et moi, en anglais. Les habitudes, les réflexes, ça ne se change pas en un clin d’oeil. Suffit d’y travailler. Je vais y travailler.

    Nous nous fâchons devant les mots d’anglais franchouillardés, les Français se moquent de nous qui traduisons tout, mais on ignore complètement la réalité de l’autre. Ils ne comprennent pas qu’on pense défendre notre langue en luttant contre l’anglais.* Nous ne comprenons pas qu’ils n’ont pas à défendre leur langue, et qu’ils utilisent l’anglais comme un truc cool, cet anglais marketing qu’ils voient dans les pubs télé, les affiches de cinéma et les enseignes, qu’ils ne comprennent pas toujours, mais qui résonne en eux d’une manière ou d’une autre. (Portrait à nuancer, bien entendu)

    *Autre débat, mais je l’écris quand même : c’est absurde, sous prétexte que l’histoire ou que si et que ça, nous passons par l’anglais pour dire qu’il faut parler français! Pour protéger sa langue, il faut l’utiliser, en parler, la décliner, l’explorer en se concentrant sur elle. Pas sur autre chose. En parler directement, pas par défaut. Je crois qu’il faut aussi beaucoup d’amour et d’ouverture. Les échanges en français, bilingues ou multilingues deviennent soudain plus sereins et riches!

    • Haha! Mon premier commentaire avec une note en bas de page! Fallait bien une traductrice pour faire ça.😉

      Moi aussi, j’adore les langues, je dirais même que je suis obsédé par les langues: je travaille en anglais pour ma thèse et je pratique le portugais en jumelage linguistique depuis 2 ans. J’adore parler anglais avec les gens, mais en même temps je suis tanné de mon complexe d’infériorité qui m’oblige à vouloir prouver à l’anglophone que je parle bien sa langue. Qu’il me prouve la même chose, c’est son tour.

      Remarque, je dis ça et l’autre jour j’ai eu une altercation avec un homme, le long du canal Lachine, qui trouvait que je l’avais regardé croche (il était saoul je pense bien). On s’est ostiné un peu, et après, quand je suis parti de mon bord et lui du sien, je me reprochais d’avoir automatiquement répondu en anglais à sa première remarque. Pourquoi? Pourquoi? je me disais. Câlisse que je suis vedge.

      • patricia dit :

        😛 (ça c’est pour la note de bas de page. j’aime pas les notes de bas de page. et j’en fais une. c’est nul.)

        prouver quoi à qui?* personne n’a rien à prouver à personne, c’est ça le truc. sauf qu’on base notre vie sur ce schéma de cours d’école stupide. faudrait qu’on grandisse un peu, là. non?

        *ma langue est plus grosse que la tienne?
        (ok, elles étaient faciles. la langue et la note.)

  10. Patty O'Green dit :

    Je crois que ce qui me déplaît est notre propre manque d’assurance qui se traduit dans notre manière de créer de l’adversité avec les anglophones. Autrement dit : on a l’air cave!

    Ce discours est celui de nos (en tous cas, de mes) parents qui, visiblement, n’ont pas réussi à faire leur point définitivement. Pourquoi? À cause des « ostie d’anglophone qui blah blah »? Non, à cause de notre incapacité à devenir les amis des anglophones, d’attirer leur empathie. À cause qu’on est des « ostie de francophones qui blah blah ».

    Ouf, ça fait du bien!

    Et, d’autre part, disons que j’ai du mal à m’identifier à ce discours parce que la moitié de ma famille est anglophone et qu’au moins le 1/4 de mes amis le sont aussi. Mais aussi parce que j’aime écrire en anglais et j’aime, par la même occasion, ne pas me faire dire que je suis une traître lorsque je le fais (le mot est faible). J’aime pouvoir composer des chansons dans la langue que je trouve la plus belle pour la chanson : l’anglais. Et, cela, sans m’attirer l’humiliation des babyboomers et de leurs enfants qui ne font que perpétuer des insécurités qui nous affaiblissent. Enfin, j’aime être avec des gens qui sont bien dans leur peau et avec ce qu’ils sont, peu importe la langue…C’est en créant de grandes choses, en tant que francophones, qu’on attirera l’empathie. En créant de grandes choses en anglais aussi!

    « je suis tanné de mon complexe d’infériorité qui m’oblige à vouloir prouver à l’anglophone que je parle bien sa langue. »

    Va voir un psy😉

  11. Je profite du sujet et des chouettes commentaires qu’il suscite pour revenir mettre mon grain de sel. Je rejoins par exemple les topos de patricia et patty, ce qui me donne l’occasion de tempérer et de modérer mon propre commentaire🙂
    En vérité, je connais bien la réalité du français au Québec, d’autant que je co-réalise un dictionnaire de langue française sous la direction d’un professeur de lexicologie qui a passé 30 à Montréal… Je me rends compte en lisant vos blogues qu’il y a d’énormes différences entre ceux des jeunes Montréalais (que vous le vouliez ou non) et ceux des autres. Impossible pour nous Français de comprendre comment vous pouvez écrire régulièrement dans un tel franglais incompréhensible et en même temps prétendre autant aimer et défendre la langue française. C’est une partie du malentendu dont parle patricia. Moi je le comprends, votre environnement linguistique est ce qu’il est, mais c’est difficile à expliquer à mes collègues…

    D’autre part, l’autre moitié du malentendu est que les Français semblent peu concernés par la défense de leur langue. C’est évidemment faux, nous y sommes très attachés et nous luttons quotidiennement, dans le milieu universitaire comme au sein des institutions européennes, pour que l’anglais ne submerge pas tout. Les Français adorent leur langue, mais ils ne sont pas Nord-Américains, comme le souligne patricia encore une fois, et de ce fait ne se sentent pas autant menacés que vous dans leur identité linguistique. Ils se défendent mais ça se voit moins😉
    Les quelques mots anglais qui pénètrent notre vocabulaire courant ne changeront pas la face de notre langue. Pour la plupart, ils disparaitront vite ou seront absorbés comme si de rien n’était. Je suis d’ailleurs anglophone moi-même, mais évidemment il n’y a pas de villes en France où je suis obligé de le montrer pour survivre… Même les Anglais qui viennent s’installer en Bourgogne, j’en connais pas mal, finissent toujours par parler français.

    Comme le dit Patty, tout est une question d’assurance.
    Nos réalités géographiques, politiques et linguistiques sont finalement très différentes. Ne perdons pas de vue que notre nature humaine a plus de valeur que notre langue.

    « Yours »
    séb h.

  12. Merci Sébastien pour ce commentaire. Je suis assez d’accord avec ce que tu dit, et j’aimerais profiter de la tribune qui m’est offerte ici pour préciser que je suis très conscient, (surconscient pourrait-on dire) de tous les paradoxes qui entourent ma position dans ce débat: c’est justement ce qui crée le malaise. Si tout était clair dans ma tête, j’aurais ma carte du « Mouvement Québec-Français » et je militerais au lieu d’écrire des billets de blogue. Je répète que moi aussi, j’aime trop l’anglais (et les langues en général) pour avoir des opinions complètement arrêtées sur ces questions.

    Ceci étant dit, j’aimerais revenir sur certains points que tu soulignes. D’abord, il n’y a d’après-moi aucune contradiction dans le fait de vouloir protéger la langue française, et celui d’écrire comme nous le faisons souvent, dans un français très oralisant teinté d’anglais (et de plein d’autres choses, le québécois est loin d’être un simple « franglais »). Tu auras sans doute remarqué qu’il s’agit avant tout d’un registre de langue très codé, qui cherche surtout la reconnaissance d’un groupe, l’appartenance à une communauté (+ ou – jeune, urbaine, lettrée, etc.). L’usage du français standard est beaucoup plus répandu sur la blogosphère québécoise, comme dans toutes les autres sphères « littéraires » et il va sans dire que la majorité des blogueurs montréalais dont tu parles utilisent ce langage oralisant par pur plaisir esthétique des contrastes entre niveaux de langue.

    Ensuite, (et ne soit pas vexé) ce « franglais incompréhensible », dès qu’il sort de la bouche d’un Français, devient pour nous, par renversement, une source incommensurable de fierté, dans la mesure où il signale justement l’impossible positionnement éthique qui est le nôtre, au quotidien: il devient « identitaire ». Il nous rappelle à la fois notre force de caractère et le combat que nous menons et devrons continuer à mener pour la sauvegarde blablabla (j’arrête ici pour éviter que Patty me saute à la gorge). Car, ne nous leurrons pas, ce n’est pas qu’une question d’anglais: il y a également une forte intolérance face à l’arrogance des Français qui veulent nous apprendre à parler. Ça non plus ça ne changera jamais. Notre rapport à la France et à la « norme » est pour le moins ambigu, comme tu le sais très bien. La France est la seule puissance coloniale qui a d’un côté perdu ses possessions américaines et de l’autre (conséquemment) gardé son rapport de force linguistique face aux « colonies ». Ça fait longtemps que les Brésiliens ne se gênent plus pour rappeler le Portugal à l’ordre quand ce dernier se plaint de la mauvaise qualité du portugais d’outre-mer. Mais je m’égare…

    Ce que mon billet tentait de faire ressortir, c’était que moi, personnellement, j’ai de plus en plus de difficultés à manœuvrer en tant que francophone dans la réalité anglicisante de Montréal (je n’étais pas comme ça avant, je suis obligé de m’avouer à moi-même que ça m’affecte plus à mesure que je vieillis). Pas dans le sens de ne pas la comprendre, mais dans le sens de ne pas m’y faire comprendre, par moments (fugaces… ça ne dure jamais longtemps… je vous le promets). Pour nous, les francophones (et tout ce que la réalité linguistique recouvre de réalité culturelle, on s’entend que ça ne sera jamais qu’une pure question de langue) la difficulté sera toujours la même: rester en équilibre sur la mince ligne entre la protection de la langue et le « fascisme linguistique ». L’idée n’a jamais été d’arrêter de respecter les anglophones, mais de toujours insister pour qu’ils nous respectent et comprennent qu’on ne fait pas ça pour les faire chier. Ok, avant oui un peu peut-être, mais maintenant c’est différent…

    En tous cas. J’irai peut-être voir un psy, en fin de compte.

    • Je me rends compte en vous lisant que le problème est bien plus profond que ce que je croyais… Psychanalyse collective, c’est costaud à envisager…
      Cré moué cré moi pas, il y a en France une affection totale et systématique envers le Québec et les Québécois, y compris chez les personnes n’en ayant jamais côtoyé… Et pas ou peu de condescendance et d’arrogance. Je ne comprends pas d’où vient cette réputation et je refuse de le soutenir à mon petit niveau. C’est d’ailleurs une chose assez curieuse sur le plan historique et géo-politique, cette espèce d’affection incestueuse, torride et brutale qui nous unit😉
      Bref, nous vous aimons, nous n’avons pas de complexe(s) vis à vis de notre langue et nous ne comprenons pas toujours les reproches adressés depuis le Canada envers notre éventuel manque d’implication dans la défense de la francophonie.
      Do you second that, guys ??
      Affectueusement, un frenchie qui se promène à Montréal presque tous les jours quelques minutes par jour😉
      séb h.

  13. Patty O'Green dit :

    Je ne saute à la gorge de personne!

    Je suis d’accord avec le combat, ne te trompe pas, mais la manière de le faire ne fonctionne visiblement pas du tout. Il faut peut-être réévaluer la notion de « respect » ici…Le problème ne vient pas de l’extérieur et j’en suis convaincue (il ne vient pas des anglophones)…Le complexe d’infériorité dont tu parles, c’est généralisé chez les québécois. C’est dans notre éducation. On a pas le droit de vouloir de grandes choses, on se fait taper dessus dès qu’on sort du petit monde québécois parce que ça complexe les autres. Calice, le Québec a son propre showbusiness qui roule sur les mêmes artistes depuis 30 ans. C’est quoi, né pour un petit pain? C’est pas avec un complexe d’infériorité qu’on va prendre notre place dans notre pays, notre continent, notre monde!

    Alors oui : LES QUÉBÉCOIS FRANCOPHONES, ALLEZ VOIR UN PSY! Le Québec à besoin d’une thérapie, crisse!

    Récemment, j’ai participé à une table-ronde qui devait se dérouler de manière bilingue. Soudainement tout le monde s’est mis à parler en anglais pour faciliter la chose. Pourtant, il y avait une traductrice/médiatrice pour supporter ce bilinguisme. Ce sont les francophones qui se sont mis à parler en anglais, ils n’avaient pas à le faire. Ils étaient hyper frustrés de le faire, mais ils le faisaient, je suppose, parce que c’était visiblement moins compliqué ainsi. Pour ma part, j’ai continué à parler français parce que c’est comme ça que je m’étais préparée, tout simplement. Je n’ai pas sauté à la gorge de personne et j’ai patienté durant les moments de « traduction »😉 C’est sûr que c’est plus « compliqué », mais c’est comme ça. Résultat : après, les anglos avaient trouvé très désagréable les francos (et moi aussi), ça a fait deux gangs. Je suis allée jaser avec les anglophones parce que la vibe était crissement meilleure qu’avec la bande de soupes au lait frustrés…C’est au niveau humain que ça se bogue, pas au niveau linguistique, là!

  14. Alors, toi et moi, on est dans le même bateau. La différence entre nous deux c’est qu’on comprend pas la phrase « on prend l’eau » de la même façon. Moi je crie « eille! faite de quoi, on prend l’eau, bordel!! Pis toi tu t’écris avec un sourire « Envoyez, embarquez, tout le monde, on prend l’eau!! »

  15. Patty O'Green dit :

    Tellement pas! C’est tellement pas ça que je dis!

    T’as raison de dire qu’on n’est pas sur la même longueur d’onde, par exemple!

    Suis une excellente nageuse😉

  16. Métaphore pour métaphore, tsé je suis sûr qu’on s’entend super bien dans la vraie vie. ;^)

  17. patricia dit :

    « Le complexe d’infériorité dont tu parles, c’est généralisé chez les québécois. C’est dans notre éducation. On a pas le droit de vouloir de grandes choses, on se fait taper dessus dès qu’on sort du petit monde québécois parce que ça complexe les autres. (…) C’est pas avec un complexe d’infériorité qu’on va prendre notre place dans notre pays, notre continent, notre monde! »

    I second that. Bien d’accord. D’ailleurs, mon chum ne comprend pas pourquoi on est si susceptible sur tout ce qui touche notre langue et notre culture et, en même temps, on passe notre vie à (presque) s’excuser d’exister. Psychanalyse collective, dites-vous?

    « C’est au niveau humain que ça se bogue, pas au niveau linguistique, là! »

    Bien d’accord aussi. Et je n’ai rien à ajouter.

    (Égarons-nous : « Ça fait longtemps que les Brésiliens ne se gênent plus pour rappeler le Portugal à l’ordre quand ce dernier se plaint de la mauvaise qualité du portugais d’outre-mer. » Il se plaint de quoi exactement? De l’évolution de la langue? Des différences grammaticales/dialectales/de prononciation? As-tu des références à me faire lire là-dessus? [Je me remets au portugais ;)])

    • Je ne pourrais pas te référer à des livres en particulier, mais c’est une des choses très claires qui ressort de mes conversations avec des amis brésiliens, que le simple fait d’être 200 millions donne un tout autre rapport de force avec « la mère patrie »: il ne ressentent évidemment aucun complexe d’infériorité langagière. Pour te donner un exemple précis, lors de la convention internationale pour l’ajustement de la langue portugaise, qui a eu lieu dans les années 90, tous les changements qui ont été apportés à l’orthographe concernaient le portugais du Portugal, dans le but de le faire correspondre avec la réalité brésilienne (seule concession du Brésil: l’accent circonflexe qui a sauté sur certains « u » qui doivent être prononcés, comme dans « tranqûilo », qui s’écrit dorénavant « tranquilo »). Mais malgré tout, il ne se trouve pas un seul Portugais pour avouer que le Brésil parle un portugais correct. Non: par définition, le portugais brésilien est bâtard, dysfonctionnel, pauvre, grammaticalement incorrect, etc.

      C’est sensiblement la même chose avec l’Espagne, et avec l’Angleterre aussi, dans une certaine mesure (sauf que cette dernière a vraiment été obligée de se la fermer à cause de la toute-puissance de l’anglais nord-américain). Ce qui rapproche le cas Brésil/Portugal du nôtre (l’inverse exact en fait), c’est qu’il s’agit d’un seul pays, d’une seule « culture nationale », face à l’Europe, contrairement à l’espagnol américain, qui existe en plusieurs variantes, toute aussi « souveraines » les unes que les autres.

      [Bref, j’ai expliqué un truc avec un ton pompeux.]

      • patricia dit :

        Pom pom pom. Obrigada!

        (Y’a quand même une amie lusophone (du Portugal) qui m’a vivement conseillé de poursuivre mon apprentissage du portugais avec celui du Brésil pour que j’évite de me heurter à sa langue incompréhensible😉 Je rigole à moitié, car c’est vrai que je ne comprends pas les Portugais. Je comprenais encore moins mes vieux voisins d’origine açorienne dans Villeray, mais ça, c’est une autre histoire.)

  18. L'engagé dit :

    Je suis on ne peut plus content de cet échange, j’ai essayé de vous lancer là-dessus il y a un moment, mais je n’avais pas dû mettre un hameçon juteux. Mais il se trouve que je n’ai pas du tout de choses poétiques à dire ce soir et que j’ai juste envie de vider mon trop plein…

    Ce qui me fait tiquer, dans votre position c’est que vous dites trouver difficile de déterminer une position équilibrée entre le respect de soi et «le fascisme linguistique». J’ai envie de répondre «quel fascisme linguistique?». Penser dans ce terme, c’est intérioriser d’une manière coupable les reproches «de l’autre», lequel est dominant et titulaire d’un gouvernement fédéral et de 9 gouvernements provinciaux…

    Vous allez me trouvez chiant avec ma référence politique que tout le monde connait, mais en 1977, on a collectivement décidé de s’affirmer, en français. On avait l’impression de régler le problème pour de bon, mais la constitution de Trudeau est venue mettre la table pour la charcuter (bon, ça se dit sans doute pas, mais on se comprend).

    On a eu une solution temporaire (société distincte) qui a été rejetée par le reste du Canada quelques années plus tard, justement parce que dans l’intervalle, même Bourassa s’était conduit en nationaliste (application de la clause nonobstant pour soustraire les aspects contestés de la loi 101 à la Charte de Trudeau), mais ça a foiré.

    Oui le Québec francophone a perdu 2 référendums (certains Canadiens diront «gagné»…), mais les forces du NON de l’époque n’en auraient jamais fait un plébiscite du bilinguisme, trop incertains alors de la défaite de leur cause, au contraire, on nous a promis mer et monde. 2 fois! Je me souviens encore de Chrétien à la télé qui promettait la société distincte… Faut le faire.

    Bref, alors que j’allais au lancement de «Qui Vive» et que j’expliquais le projet à une amie, elle m’a expliqué que nos lois linguistiques et notre fermeté écoeurait le monde et que parce qu’on écoeurait le monde, elle était de moins en moins sympathique à la cause linguistique et indépendantiste .

    Ça me fait profondément ch… parce que comme vous dites, on n’a pas fait la loi 101 contre les Anglais, mais pour nous, pour survivre et potentiellement vivre et nous épanouir, pour que cesse l’assimilation des immigrants en anglais, entre autres, dans la province de Québec.

    À partir de ce désir clair exprimé par la loi 101, il me semble que les interventions d’Ottawa, de la Cour suprême sont clairement la marque d’une nation qui arrive politiquement à en dominer une autre et à la subordonner culturellement.

    On n’est donc pas dans une situation normale (comme le sont les Brésiliens), mais dans une situation où nous sommes minorisés et provincialisés. Ça c’est la réalité et ce n’est pas être complexé que l’affirmer. On est dominé, opprimé.

    Qu’est-ce que l’oppression, c’est simplement ne pas agir par soi-même… C’est être coupé du monde par une collectivité autre qui s’interpose et qui décide pour nous, à l’intérieur comme à l’extérieur, dans les facteurs économiques, politiques et culturels. À cette oppression essentielle de l’agir collectif sur superposent une série d’oppressions accidentelles qui vont de l’incompréhension à l’incompétence en passant par la mauvaise administration.

    La vision québécoise ne saurait alors être autre chose que diminuée, amputée, par rapport à une norme qui est celle de «l’agir par soi-même». Culturellement, avec ma grille, on peut clairement affirmer que la nation canadienne s’interpose (en se servant du politique et du judiciaire) entre la nation québécoise et ses objectifs linguistiques (lesquels impliquent la survie). Maintenant il se trouve des Québécois qui pensent que cette situation est «normale», qui acceptent cette provincialisation et cette minorisation comme allant de soi.

    Il nous faudrait donc nous adapter être fort en acceptant l’anglais dans nos vies, en cessant de freakuer et de crier notre peur de disparaitre, puisqu’on est toujours là?
    C’est pourtant ce que j’entends souvent quand on me parle de décomplexer…

    Guess what? Charles Castonguay avait raison depuis le début quand il alertait les intellectuels, dès la fin des années 90, pour montrer que le français était en déclin sur l’île, déclin à court terme, donc (objet de votre blogue…) Et dans les années 30, les francophones étaient 30% du Canada, et ce en dépit de tous les exodes et des lois linguistiques des autres provinces ( nous aurions été plus nombreux autrement). Si les descendants des Canadiens-français d’après l’Union de 1840 n’avaient pas été assimilés, nous serions 23 millions de francophones en Amérique du Nord, pas 6 millions… Donc l’assimilation se poursuit à court comme à long terme et la chose a été politiquement planifiée, de telle sorte que c’est aujourd’hui une structure démographique et économique autonome…

    Et sur ce tas, les différentes politiques d’immigration et les critères très laxistes (par rapport à la question du français en particulier) accroissent le nombre d’immigrants susceptible de basculer vers l’anglais à Montréal, ville pourtant déjà très bilingue et anglicisée. Et là-dessus, on a une foison de jeunes anglos qui viennent profiter des études pas chère et de nos attraits culturels.

    DONC LES MESURES LINGUISTIQUES SONT UNE NÉCESSITÉ! Et il s’agit de mesures parfaitement légitimes que prennent les minorités lorsqu’elles sont menacées, des mesures NORMALES qui dépendent évidemment du contexte. Des mesures politiques qui font en sorte que la minorité peut contrebalancer son désavantage démographique et économique.

    Le complexe, à mon sens, c’est de n’être pas capable de de les imposer, ces mesures linguistiques, comme la situation l’exige. Le complexe c’est de ne pas agir en fonction de d’une lecture cohérente et juste de la réalité et d’idéaliser notre pouvoir de survivance. Ça veut dire étendre les dispositions de la loi 101 au collégial, réduire le financement universitaire en anglais, progressivement bilinguiser les universités anglophones et surtout, appliquer la loi 101 aux entreprises de moins de 50 employés, de telle façon qu’il n’y ait plus un plongeur, un barman ou commis qui doive parler anglais à sa serveuse ou à son chef.

    Ça veut donc, au plan institutionnel et commercial, franciser les anglos et être ferme dans cette volonté. À Montréal et au Québec, ça se passe en français, parce qu’on l’a décidé ainsi, point. ET ON AURAIT PAS BESOIN DE «VOUS ÉCOEURER» AVEC ÇA SI VOUS N’AVIEZ JUSTEMENT PAS SOUMIS NOTRE LOI 101 À VOS CHARTE AU DÉPART, SI VOUS AVIEZ À TOUT LE MOINS RESPECTÉ MEECH ET VOTRE PAROLE ET SI VOUS N’AVIEZ PAS COMBATTU AVEC ARDEUR LE PEU DE VIGUEUR QUI RESTAIT À NOTRE LOI 101.

    On avait prévu des exceptions pour les anglos historiques du Québec, mais la Charte a fait en sorte que maintenant, c’est tout Canadien anglais qui peut être instruit à nos frais dans sa langue. Fair enough, mais ça n’inclut donc pas les études supérieurs, qui ne pourraient être subventionnées qu’en français seulement…

    3 choix donc, vous vous francisez, vous payez ou vous partez. Il y a 50 états et neuf provinces où vous pouvez vivre in english only… Pouvez-vous me dire c’est quoi l’estie d’idée de venir dans la seule province justement différente, pour ne pas s’y intéresser? Est-ce que ce n’est pas absurde? Est-ce que ça ne traduit pas un manque de sensibilité (culturelle, linguistique, historique) ET EST-CE QU’ON A PAS LE DROIT DE SE PROTÉGER CONTRE UNE TEL MANQUE DE SENSIBILITÉ COLLECTIF? (Allez lire le National Post ou la Gazette pour voir)

    Voilà pour ma position institutionnelle. Je ne comprends pas ce que ça peut avoir de «fasciste», je ne comprends pas pourquoi on devrait payer pour se faire angliciser et c’est pourtant ce qu’on fait avec les taux préférentiels des Canadiens à McGill. Car les véritables «ayant droit» de la loi 101 originale, nos bon vieux anglos de l’Ouest de l’Ile ne sont que 6 à 8% de la société québécoise, mais le financement des études supérieures au Québec occupe 24% des budgets… Est-ce normal? Offrir de telle condition, voilà des accélérateurs à assimilation.

    Et c’est ça pour moi, le colonialisme et l’aliénation. Sur le plan individuel, j’ai de très bons amis anglos, qui ont choisi de vivre ici (en français), je smile et je tiens la porte, mais sur le plan collectif, ma réponse est cette fermeté.

    J’en ai juste marre de la pensée magique et des répliques du genre : « il faut faire preuve d’ouverture », « il faut inciter, pas contraindre » ou pire « il faut cesser d’être insécure », lesquelles ne changent absolument rien à la situation.

    Être décomplexé, c’est accepter qu’on va se faire haïr et traiter de facho par le Canada anglais et le Canada intérieur et ne pas chercher à se justifier et à se faire aimer pareil, mais faire le nécessaire pour survivre. Parce qu’on a pas besoin de se faire aimer, on a d’abord besoin de vivre et d’agir…

    Je peux me passer de leur amour, mais pas du respect, du respect de soi.

    Il n’y a aucune honte là-dedans et on reste des admirateur de Faulkner, d’Elis et Hemingway.

  19. L'engagé dit :

    Comprendre donc qu’ils ne sont pas capables de comprendre.

    Bien dit… Mais agir pareil sacrament! On a le droit de se protéger contre leur incompréhension. Ils écriront dans leur manuels scolaires à quel point on était zouf, mais au moins, nos enfants ou nos petits enfants ne seront pas pognés pour les lire, ces manuels.

    On aura encore les nôtres…

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