Court article sur l’ailleurs

5 janvier 2012

Voici une photo de moi en train de lire En région arctique et ailleurs, de Laurence Gough. Je porte mon hoody bleu foncé que si tu me connais t’es déjà tanné de me voir avec et je suis assis dans une chaise berçante qu’on s’est fait offrir à l’Entraide des Amis de Saint-Henri, en échange d’une vieille table de cuisine en mélamine et ses quatre chaises. Le livre de Laurence Gough est un court roman d’à peine 170 pages, qui a été publié il y a quelques mois aux éditions Marchand de feuilles. Sur la photo, peut-être que ça ne paraît pas, parce que j’ai une face de bœuf au naturel, mais j’ai beaucoup de plaisir. J’apprécie l’écriture de Gough et ses trouvailles langagières. Son roman raconte l’histoire d’une rencontre qu’on pourrait qualifier d’explosive et surtout d’inéluctable, comme la force gravitationnelle, entre deux jeunes esprits tourmentés, qui se cherchent et qui n’ont rien à perdre. Noémie est la blonde de Thomas, mais même si leur couple a déjà connu des heures glorieuses, elle s’emmerde un peu et se demande si elle l’aime vraiment encore. Thomas a un cousin un peu spécial qui s’appelle Simon, un introverti qui est dur d’approche mais qui, s’il s’ouvre à toi, risque bien de te faire chavirer. Quand Noémie, Thomas et Simon partent en autobus vers la Gaspésie pour aller passer une fin de semaine dans le chalet des parents de Thomas, l’inévitable se produit. C’est un petit récit à la fois triste et joli (la rupture amoureuse est un thème qui, s’il est bien traité, comme c’est le cas ici, laisse comme un arrière-goût qui nous empêche de croire pleinement au bonheur des nouveaux amoureux). Il y a plein de belles phrases et d’images fortes, comme cette description de Noémie repensant au message écrit par ses amis dans son album de finissants. Les épisodes de En région arctique et ailleurs se développent tranquillement, sans heurts, accompagnés de titres inusités, entre un chapitre d’ouverture et un chapitre final aux tonalités surréalistes. C’est aussi un roman de jeunesse, si j’ai bien compris, qu’elle a écrit alors qu’elle avait vingt ans, et qui a été retouché énormément pour la présente publication. Je me dis, il y a peut-être un peu de ça, oui, en effet, le livre de Laurence Gough reste un peu prisonnier de l’influence de Vian et de Prévert, on pourrait même penser à Cocteau. L’écume des jours n’est pas loin, dans ce portrait de deux jeunes amants prêts à conquérir la folie, ou plutôt à se laisser conquérir par elle, pour être ensemble. Quand j’étais chez William et Anne, alors que Jeanne dormait, quelques jours avant que cette photo ne soit prise, on a fait grand cas de ces italiques choisies probablement par l’éditeur pour tous les mots et expressions anglaises et même les sacres. Drôle de décision. Non seulement elles ralentissent la lecture, mais elles mettent l’accent sur plein de mots où il ne devrait pas y en avoir. Ceci dit, quand on les cherche dans le livre, c’est vrai qu’on les repère facilement et que c’est un peu navrant, mais à la lecture on oublie vite cette petite maladresse éditoriale. Surtout parce que la prose de Gough est assez lumineuse pour nous permettre de passer par dessus ça et nous emmener ailleurs. Bon. Je ne suis pas critique de livre, ni en ce moment, ni sur la photo. Si tu regardes bien, je suis simplement en train d’apprécier le travail d’une écrivaine talentueuse.

Une chaloupe passe près de la berge, une équipe d’explorateurs américains aux barbes de verglas à son bord. Une baleine colossale perce les flots et retombe sur elle, la faisant se fracasser en un million d’éclats de bois. Un monstre des glaces de la grandeur d’une montagne s’extirpe des profondeurs. Une petite Amérindienne rend visite au rivage avec, sous ses mille peaux, un ventre démesuré et rond qui commence à dégoutter. Noémie et Simon s’endorment sur le glacier à la dérive. Bonne nuit polaire.

p. 70.

6 avis sur « Court article sur l’ailleurs »

  1. Amélie dit :

    J’aime beaucoup beaucoup le titre du livre! & je veux le lire depuis qu’il est paru mais c’est comme plein d’autres livres, j’oublie toujours.
    & l’extrait que tu cites est plein d’images & de mouvement, c’est juste parfait.

  2. il est dans ma liste « à lire ». tu te dévoiles sur ce site mon cher. après un nom, une face. qu’est-ce qui suivra?

    (j’ai peur, surtout après les dessins de p…. de Patty)
    😛

    (je sais, fait 2 fois que j’en parle des p…., j’suis célibataire ok???)

    re😛

  3. je sais ben.

    hi là là…
    😉

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