Derniers mille milles

Mon année 2011 se terminera donc sur un epic fail de littéraire qui fait des bets plus ou moins pertinents avec sa blonde. On est le 29 décembre, il est 15h22 et je n’en suis qu’à la page 33 de Rue Deschambault, de la grande Gabrielle Roy. Il serait absurde de croire que je peux encore arriver à finir le livre avant demain, à moins d’un revirement de situation improbable. Le simple fait d’écrire ces lignes m’éloigne du but, en gobant du temps de lecture. Non. J’ai accepté la défaite: je ne réussirai pas à lire trois classiques québécois en trois jours, soit Poussière sur la ville d’André Langevin, Pleure pas, Germaine de Claude Jasmin, et Rue Deschambault de Gabrielle Roy. Je savais dès le premier soir, alors que je cognais des clous sur la page 98 sur 207 de Poussière sur la ville, que j’allais devoir m’incliner. Hier j’ai eu un regain d’espoir, en commençant Pleure pas, Germaine au Second Cup en bas de l’escalier mécanique du Simons au centre-ville. Je me suis dit que c’était écrit gros, que ça coulait comme dans du beurre ce p’tit joual-là de 1965, que j’allais engouffrer ça en deux heures max ce p’tit roman-là. J’ai cogné des clous le soir venu encore une fois, prisonnier de la page 102 sur 197. J’ai donc terminé Pleure pas, Germaine ce matin, en mangeant deux toasts au pain blanc qu’on a acheté pour mon beau-père. En théorie j’aurais le temps de me plonger, de m’enliser dans Rue Deschambault, j’aurais le temps de lire les quelques 225 pages restantes, mais il me semble que c’est un affront à Gabrielle Roy, ce n’est pas comme ça qu’on doit la lire. Avec Claude Jasmin, ça marchait, ça fittait, ce rythme effréné, endiablé, enweille, lis-en des pages mon ti-gars, enfourne-là ta littérature de prolétaire on the road. Avec André Langevin, beaucoup moins, mais c’est un très court roman, un monologue existentiel qui se dévore lui aussi, où on sent l’amiante nous tomber dessus et on essaie de l’éviter en courant. Gabrielle Roy, c’est un cas différent. Avec Gabrielle Roy, faut que tu prennes ton temps, au moins un peu, faut pas que tu te garroches ça dans le fond de la gorge de même.

Au delà de ce défi puéril que j’aurai échoué, mon année 2011 se terminera donc sur une note littéraire purement québécoise, ce qui est loin de me déplaire. J’aurai lu, en cette période de vacances où il fait bon de changer de mood de lecture un tant soit peu, plein de petits livres, au lieu de ma grosse brique habituelle:

Paul au parc et Paul à Québec, de Michel Rabagliati.

Alexandre Chenevert, de Gabrielle Roy.

-Poussière sur la ville, d’André Langevin.

-Pleure pas, Germaine, de Claude Jasmin.

-Rue Deschambault, de Gabrielle Roy.

-Vortex, de Jean Babineau (petit détour par le Nouveau-Brunswick, où je ne suis jamais allé).

Soigne ta chute, de Flora Balzano.

Mailloux, de Hervé Bouchard.

Les trois derniers, je ne les ai pas encore lu, puisque, comme je l’ai dit, j’en suis à la page 33 de Rue Deschambault, mais combien tu gages que je suis capable de finir ça avant le premier janvier.

Bonne année à vous, à toi pis à toi, pis à toi aussi!

9 avis sur « Derniers mille milles »

  1. Bock dit :

    Ah, mais André Langevin, c’est pas juste du petit spiritueux comme en boit le docteur Dubois. C’est le roman de l’échec du bonhomme canadien-français, c’est pas drôle, ça se dévore pas si évidemment que tu le dis, tu l’as lu vite parce que t’avais un sablier, d’après moi (ha!). Ce roman est excellent, mais n’est rien tout nu sans la triade des 50’s. ÉVADÉ DE LA NUIT est très post-adolescent, c’est insupportable d’une voix mitraillette qui connaît pas ses munitions, je l’ai réessayé 3 fois, mais au bout j’ai compris qu’il y a déjà là la mort qui t’attend; pas seulement la mort mise en scène grotesquement dans les cercueils et le suicide, mais la mort sans autre possibilité, la mort juste là: celle-là, la tienne, la mienne, on est déjà pris avec, mon mal de hanche, ta fatigue, tu la sens pas qui s’approche? Elle se raffine dans POUSSIÈRE SUR LA VILLE, mais elle est encore mieux tendue dans LE TEMPS DES HOMMES. Les messieurs, des merdes, sont obligés de régler ça entre eux à moins 30 dans le bois à cause d’une femme dont ils tirent les cheveux chacun de leur bord. Ne les lis pas. Pendant ce temps je lirai son come back des 70’s.

    Je connais rien de madame Roy, pourtant je connais pas pire le Manitoba. J’ai tout de même vu sa maison. Calâsse.

    Bonne année!

    • Merci pour ce commentaire élaboré et très sartrien, Bock. Tu sais, le Langevin, je l’ai pas lu si vite que ça, dans le fond, je l’ai glouglouté, siroté, tendu, en cinq ou six séances de lecture étalées sur deux jours. J’ai eu le temps en masse d’en apprécier la teneur, t’inquiètes. Mais j’aime mieux les mœurs que la mort, ce qui me rattache à cette écriture, c’est le souci du détail, la description de la petite vieille cardiaque, de l’accouchement de l’hydrocéphale, de la fine brume d’amiante qui tombe sans relâche et qu’on lit, nous en 2011, comme un code pour : tous ces personnages ont le cancer. La v’là ta mort dans le fond.

      • Bock dit :

        Oui oui, je sais bien que tu sais lire, c’était juste ce genre de drunken post qu’on écrit pour montrer qu’on connaît une couple d’affaires. Une petite bulle qu’a remonté avec un rot d’estomac trop plein de gras et d’alcool de Nowel. Désolé pour l’interférence, et surtout pour l’odeur.

        Tiens, une dernière chose tant qu’à faire. Je te jette un mauvais sort pour l’année qui vient, avec cette incantation maléfique: «Halldor Kiljan Laxness».

        BOUH!

  2. V dit :

    Pendant longtemps, j’ai accordé de l’importance à la capacité de lire vite, de dévorer les livres rapidement, sans relâche, les uns à la suite des autres… puis j’ai réalisé que je passais tellement à côté de la chose. Vive la lenteur😉

    J’en profite pour te dire que je suis tellement contente de te voir enfin sur wordpress! Avis à tous les blogueurs : blogspot, c’est le diable!🙂

    • Je suis trop boulimique et compulsif pour jamais apprécier totalement la lenteur, pour et en elle-même, je crois. Mon problème, c’est que la prochaine lecture pèse souvent sur la fin des livres que je lis. Parfois je néglige un peu ces ultimes moments avec une œuvre, en imaginant le bonheur que je ressentirai en ouvrant la prochaine. Moi, je suis un commenceur d’histoires, de premiers chapitres, d’incipits, de pages liminaires à la rigueur. C’est con, hein?

      V., tu viens, avec ce commentaire de geek, de faire le tour de mes avoirs virtuels. Sur la listening room, l’autre jour, je me suis fait condamner, persifler, lapider, lyncher, parce que j’utilisais:
      -Firefox.
      -Itunes.
      -Un PC.
      -Word.
      -Google.

      Et là tu assassines Blogspot devant moi. Faut croire que je suis pas assez geek pour comprendre ces affaires-là. J’ai fait tous les mauvais choix les uns après les autres.

      Une super belle année à toi!!!

  3. Patty O'Green dit :

    Bonne année Clarence! Et bonnes lectures…La lecture est tellement devenue un luxe dans ma vie, ça me manque beaucoup de passer des journées à lire, mais bon, je joue dehors à la place.😀

    Je suis geek pis j’aime blogspot, surtout leurs nouveaux templates!!😉

    Pis hey, ne te laisse pas faire sur la listenning room, c’est n’importe quoi cette liste de condamnations, elle est contradictoire en plus pfff.!!! Non mais, l’intimidation c’est pas geek! Y’a pas de principe ou whatever, quand on utilise beaucoup les technologies, on expérimente beaucoup et on finit par faire des choix pour plein de raisons (esthétiques, idéologiques, pratiques), comme tu viens de le faire en allant sur wordpress…😉

  4. V dit :

    haha je suis tellement pas geek en plus! Pas été témoin de ton lynchage, en fait j’utilise tout de ta liste sauf firefox!
    J’ai aussi été coupable de blogspot les deux premières années de mon blog. Tu vas tellement apprécier la différence et surtout, moi je vais pouvoir commenter sans me reprendre par 3 fois pour cause de bug😉

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